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Dr Conrad Murray : portrait du médecin impliqué dans la mort de Michael Jackson
08.02.10

Alors que l'ex-médecin de Michael Jackson se prépare à être inculpé aujourd'hui dans un tribunal californien, le Los Angeles Times a décidé de se pencher sur la figure du Dr Conrad Murray. Voici une traduction de l'article publié par Harriet Ryan.

"Dans le manoir de Holmby Hills où Michael Jackson a vécu les derniers mois de sa vie, le Dr Conrad Murray passait pour un personnage bienveillant. Le médecin arrivait le soir, portant une blouse ou un blazer bien coupé avec un pantalon confortable, adressant un sourire au personnel et, parfois, apportant des cadeaux pour les enfants de Jackson. Il passait la majeure partie de son temps à l'étage, dans les appartements privés du chanteur, mais s'asseyait de temps à autre à la table du dîner pour discuter avec la famille avec son accent chantant des Caraïbes.

"Ils l'adoraient", s'est souvenue Kay Chase, la cuisinière personnelle du chanteur, l'été dernier. "Un homme très gentil, très agréable, à l'apparence très soignée, très respectueux, s'exprimant bien".

L'image du médecin respectable et compétent - une profession dont Murray rêvait depuis son enfance à Trinidad - a commencé à se fissurer le jour où l'artiste le plus célèbre du monde est mort alors qu'il se trouvait sous la responsabilité de Murray et risque de se briser encore davantage ce lundi, lorsque les procureurs du Comté de Los Angeles vont l'inculper pour homicide involontaire.

"C'est un homme qui était au sommet... on peut dire qu'il est tombé de son piédestal", a déclaré son avocat, Ed Chernoff.

L'emploi que Jackson avait offert à Murray, 56 ans, au printemps dernier, représentait une bouée de sauvetage pour un homme dans une situation financière périlleuse. Des tribunaux de Las Vegas, où il vivait avec sa femme médecin, un fils de 19 ans et une fille de 13 ans, lui avaient ordonné - à lui ou à sa société - de payer 435 000 dollars à des créanciers, ce qui incluait un prêt étudiant. Sa maison, située à proximité du parcours 18 trous d'un country club, était menacée. Les documents immobiliers montrent qu'il avait réévalué l'emprunt au moins trois fois en cinq ans et devait près de 1.7 millions de dollars pour une propriété aujourd'hui évaluée à 1.08 millions. Selon les documents judiciaires, lorsque le poste Jackson s'est présenté, cela faisait des mois que Murray avait payé l'emprunt et les frais de saisie qui le menaçaient.

Il n'était pas non plus parvenu à payer des pensions alimentaires. Des actes de naissance et autres documents publics indiquent qu'en plus des deux enfants qu'il a eus avec sa femme, Murray était le père d'au moins quatre enfants avec trois autres femmes. Des documents provenant d'un tribunal aux affaires familiales de Las Vegas ont montré qu'il devait plusieurs milliers de dollars à une Californienne avec qui il avait eu un fils, aujourd'hui âgé de 11 ans. Selon les documents, il apportait aussi son soutien financier à deux filles, âgées de 16 et 8 ans, qui vivaient avec leur mère à Las Vegas. Enfin, en mars dernier, une actrice de Santa Monica a donné naissance au fils de Murray, selon un acte de naissance californien.

D'après son avocat, bon nombre des problèmes financiers de Murray proviennent du fait qu'il ait prodigué des soins médicaux aux pauvres (Murray a refusé des demandes d'interview répétées, tout comme des membres de sa famille, mais il a répondu à quelques questions qui lui ont été posées par le biais de son avocat).

Né à la Grenade, il a été élevé à Trinidad par ses grands-parents puis, par la suite, par sa mère et son beau-père, d'après une biographie fournie par son avocat. Il n'a eu aucun contact avec son propre père avant l'âge de 25 ans même si, étant enfant, il savait que son père était médecin et vivait à Houston.

En plus de son activité de cardiologue à Las Vegas, Murray soignait des patients dans un centre de cardiologie de Houston deux jours par mois. Il avait fondé la clinique en 2006 dans une zone pauvre, majoritairement Afro-Américaine, en hommage à son père, décédé à l'époque. Selon certains patients de sa clinique, Murray était adoré pour son accessibilité et son comportement envers les malades. Il donnait aux patients son numéro de portable personnel et avait recours à des maquettes de cœurs en plastique et à des graphiques pour aider les patients âgés à comprendre les problèmes dont ils souffraient.

"Il était vraiment gentil, il s'installait et il vous expliquait les choses. Sans vous bousculer. Il parlait bien avec vous. Beaucoup de médecins apprendraient des choses de ce type de traitement", a confié le révérend Prince James, un ministre du culte baptiste de 67 ans.

Dans la clinique de Houston, peu de gens pouvaient payer Murray à son tarif normal et il perdait de l'argent avec presque chaque patient qu'il voyait. Mais, selon les personnes impliquées dans son embauche, le jour où il a dû fixer les prix pour un patient très célèbre, Murray n'a pas fait de réduction. Frank DiLeo, le manager de Jackson, a déclaré l'été dernier que Jackson lui avait dit que Murray réclamait 5 millions de dollars pour travailler pendant les répétitions et les huit mois de concerts. "Je lui ai dit 'Michael, pour 5 millions de dollars, je t'achèterai un hôpital'", s'est souvenu DiLeo. "Il m'a dit que cet homme était son médecin de famille et qu'il était à l'aise avec lui. Dans un sens, je comprenais".

L'avocat de Murray conteste le fait que le médecin ait demandé un salaire de 5 millions de dollars.

Jackson et Murray s'étaient rencontrés quatre ans plus tôt, après que Jackson ait élu domicile à Las Vegas. Jackson avait attrapé une infection virale et un garde du corps lui avait conseillé son ami Murray, selon le témoignage d'une personne disposant d'informations sur leur relation, qui s'exprime sous couvert d'anonymat compte tenu de l'enquête criminelle en cours. Murray a soigné Jackson et les deux hommes sont restés en contact. Quand Jackson a contacté Murray pour cet emploi, il se préparait pour ce que l'industrie de la musique considérait comme son ultime tentative de retour. Les répétitions étaient longues et physiquement épuisantes et beaucoup pensaient que Jackson, qui avait 50 ans et n'avait pas donné de concerts depuis une dizaine d'années, ne serait pas capable de mener à bien les spectacles.

Le chanteur voulait que Murray soit son médecin et Murray avait besoin de cet argent. L'avocat de Murray a expliqué que le médecin se sentait aussi obligé de l'aider : "C'étaient des amis intimes. Le Dr Murray adorait Michael", a affirmé Chernoff.

AEG Live, le promoteur des concerts de Jackson, lui avait avancé l'argent nécessaire pour mettre les concerts sur pied et pour couvrir ses dépenses quotidiennes. A Los Angeles, il louait une maison de 20 millions de dollars et se déplaçait dans des SUV avec chauffeur. Randy Phillips, responsable d'AEG Live, a raconté que l'artiste avait présenté Murray à lui-même et au conseiller juridique de la société comme étant "mon médecin personnel de longue date", insistant pour que le médecin l'accompagne en Angleterre. Phillips a expliqué qu'il avait perçu cela comme une dépense inutile et avait invité Jackson à se reposer sur des médecins locaux, à Londres, mais le chanteur s'était montré inébranlable.

"Il avait lourdement insisté sur le fait que le Dr Murray devait être son médecin", s'est souvenu Phillips l'été dernier.

Jackson et le promoteur se sont mis d'accord pour payer Murray 150 000 dollars par mois. En juin, un mois après avoir accepté le poste et s'être mis au travail, Murray a adressé une lettre à ses patients de Las Vegas, leur annonçant qu'il fermait temporairement son cabinet. "Compte tenu d'une opportunité unique dans une vie, j'ai dû prendre la décision difficile d'interrompre pour une durée indéterminée mon exercice de la médecine".

Dix jours plus tard, Jackson était mort et le lendemain, le nom de Murray était sur toutes les lèvres.

La police a résumé dans des documents judiciaires le témoignage du médecin au sujet de sa relation avec Jackson. Selon lui, Jackson était insomniaque et avait fait appel à de nombreux médecins au fil des années pour lui fournir un anesthésique de bloc opératoire, le propofol, afin de l'aider à dormir. Murray affirme qu'il administrait le liquide blanc - le "lait", comme l'appelait Jackson - chaque nuit en intraveineuse mais qu'au bout de six semaines, il s'est mis à craindre que le chanteur n'en soit dépendant et a essayé de le sevrer du médicament. Il a déclaré à la police que le matin de sa mort, Jackson avait réclamé du propofol puis avait cessé de respirer alors que Murray l'avait laissé seul pendant deux minutes pour aller aux toilettes.

Quand son récit a été rendu public, bon nombre de médecins ont jugé que l'usage fait par Murray du propofol était imprudent et contraire à l'éthique. Les autorités ont commencé à monter un dossier contre lui pour homicide involontaire et les médias se sont mis à le suivre partout où il allait. Jackson n'avait pas signé leur contrat, si bien que Murray n'a jamais été payé pour son travail. Selon son avocat, Murray a passé six mois à "voir ses factures s'empiler" avant de réouvrir son cabinet de Houston.

"Sa seule grande erreur, c'est qu'il n'a jamais pu dire non à quelqu'un qui avait besoin de ses services", a déclaré son avocat".

Ce portrait dressé par le Los Angeles Times s'appuie sur les informations disponibles à ce jour au sujet du Dr Murray mais laisse évidemment de nombreuses zones d'ombre. L'affaire, qui s'ouvre aujourd'hui devant la justice, permettra peut-être de lever davantage le voile sur la personnalité du médecin, sur ses relations avec les praticiens qui ont alimenté durant de nombreuses années l'addiction de Michael Jackson aux médicaments mais aussi sur ses responsabilités exactes et sur son rôle au cours de la matinée du 25 Juin 2009.

Source : Los Angeles Times / Traduction : ElusiveShadow.com