| Arrivée au ranch Neverland |
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19h45 : le soir commençait
doucement à descendre et le paysage était étrangement apaisant. Les arbres étaient immobiles, les feuilles bruissaient délicatement. Sur le
bord de la route, au milieu de tant de calme, une pancarte indiquait « Family School » et, à quelques dizaines de mètres, se trouvait un
chemin de bitume dans lequel la voiture s’engouffra. . Pendant des semaines, je m'étais demandée ce qu’il y avait «
au-delà » de la Figueroa Mountain Road, au-delà des collines de la San Fernando Valley. Et maintenant, j'étais aux portes de cet au-delà . Le
réel se mêlait à l'imaginaire, aux anecdotes entendues, glanées au hasard d'une conversation, entrevues sur les pages d'un magazine
people. "Ce ranch n'est qu'une excentricité de milliardaire", "C'est un endroit extraordinaire", "Qui sait ce qui se passe derrière ces grilles", "Il
vit reclus dans son monde imaginaire"... Une bande sonore un peu étrange que j'avais dans la tête.Je venais, avec mes a priori sur cet homme que je ne connaissais pas encore. J'allais rentrer chez lui, dans sa maison et j'allais y acquérir un pouvoir dangereux: celui de le juger. Humer l'atmosphère, suivre mes intuitions, écouter ses propos...et décider. Je savais que, quoi qu'il arrive derrière la grille, je ne serais plus la même en sortant. Quelque chose dans ma perception de lui aurait changé. Un avion passa, très haut dans le ciel bleu, ivre de puissance et de rêve. Et nous y fûmes. L’entrée du ranch était tout à fait banale, un petit portail au bout d’une route bordée d’arbres et une barrière en bois d’un mètre de haut tout au plus qui faisait le tour de la propriété. Une pancarte indiquait « Défense de franchir la barrière sous peine de poursuites judiciaires ».
J’avais déjà vu des images de Neverland, comme beaucoup, à la
télévision, et je me souvenais d’un portail imposant, couvert de dorures… Cela ne ressemblait en rien à ce que j’avais sous les yeux. Rien ne
permettait de deviner que ce chemin banal conduisait chez Michael Jackson. Julien devait téléphoner et il arrêta la voiture. Je descendis et
humai l’air du soir… lorsqu’il me sembla entendre, vaguement, dans le lointain, un bruit. Je prêtai l’oreille et, quelques secondes plus tard,
cela m’apparut comme une évidence : on entendait bien, de manière étouffée, le sifflement d’une locomotive. Je contemplai de nouveau
le décor : le petit portail marron, la boîte aux lettres minuscule sagement alignée sur le côté… puis remontai dans la voiture. Nous quittâmes
la terre des hommes pour le monde de Peter Pan.Tout visiteur qui entre à Neverland doit signer deux pages de consignes diverses à respecter: interdiction de se servir d'un téléphone portable dans l'enceinte du ranch, d'utiliser un appareil photo ou un quelconque appareil d'enregistrement vidéo/audio, interdiction de donner des détails sur l'intérieur du ranch... Seuls certains invités de confiance ne sont pas soumis à cet agrément, afin de ne pas les indisposer.
Quelque deux cents mètres après le portail
marron, je vis enfin apparaître un autre portail, immense, surmonté d’une arche et d’une couronnée dorée, où les lettres du mot « Neverland
» m’indiquèrent que nous ne nous étions pas trompés d’endroit. La couronne portait le nom de Michael Jackson. Le portail était décoré d'un
gigantesque insigne avec les devises "Honi soit qui mal y pense" et "Dieu et mon droit". Ces deux phrases (en français) étaient communément
apposées sur les accessoires militaires de divers corps de métier (artilleurs, ingénieurs, etc): plaques de casques, broches... Julien m'apprit
que le chanteur éprouvait une véritable fascination pour les éléments vestimentaires liés à l'armée: il collectionnait les broches et pouvait
parcourir des kilomètres pour récupérer une pièce rare.A l’entrée du ranch, se trouvait un grand parking pouvant accueillir des dizaines de voitures et des bus pour les employés, les invités et les enfants des fondations humanitaires qui venaient en visite. Une petite maison abritait les gardes de sécurité qui commandent l’ouverture du portail. La première chose qui me frappa en entrant dans le ranch fut l’intensité du dépaysement provoqué par le décor. Nous n’avions fait que quelques mètres et pourtant, j’avais l’impression d’avoir été transportée dans un autre monde.
Les herbes folles et la barrière en bois des débuts laissèrent la place à des pelouses
verdoyantes, des murets de brique et surtout, un souci du détail stupéfiant : le moindre élément de décor, qu’il s’agisse d’un lampadaire,
d’une statue ou d’un parterre de fleurs, était travaillé avec une précision et une beauté à couper le souffle. Même en étant totalement
novice en matière de jardinage et de paysagisme, on devinait les milliers d'heures de travail nécessaires à la structuration du paysage.
Pourtant, on ne voyait aucun outil, aucune tondeuse à gazon, aucun tas de mauvaises herbes. Pas la moindre fleur fanée. Le maître des lieux
avait donné la consigne stricte de remplacer chaque fleur flétrie par une nouvelle: "Je n'aime pas voir de si jolies choses mourir. Ca me rend
triste" avait-il expliqué au jardinier en chef...
Vous écoutez une musique d'ambiance que l'on peut entendre à Neverland |
ARRIVEE AU RANCH
19h45 : le soir commençait
doucement à descendre et le paysage était étrangement apaisant. Les arbres étaient immobiles, les feuilles bruissaient délicatement. Sur le
bord de la route, au milieu de tant de calme, une pancarte indiquait « Family School » et, à quelques dizaines de mètres, se trouvait un
chemin de bitume dans lequel la voiture s’engouffra. . Pendant des semaines, je m'étais demandée ce qu’il y avait «
au-delà » de la Figueroa Mountain Road, au-delà des collines de la San Fernando Valley. Et maintenant, j'étais aux portes de cet au-delà . Le
réel se mêlait à l'imaginaire, aux anecdotes entendues, glanées au hasard d'une conversation, entrevues sur les pages d'un magazine
people. "Ce ranch n'est qu'une excentricité de milliardaire", "C'est un endroit extraordinaire", "Qui sait ce qui se passe derrière ces grilles", "Il
vit reclus dans son monde imaginaire"... Une bande sonore un peu étrange que j'avais dans la tête.
J’avais déjà vu des images de Neverland, comme beaucoup, à la
télévision, et je me souvenais d’un portail imposant, couvert de dorures… Cela ne ressemblait en rien à ce que j’avais sous les yeux. Rien ne
permettait de deviner que ce chemin banal conduisait chez Michael Jackson. Julien devait téléphoner et il arrêta la voiture. Je descendis et
humai l’air du soir… lorsqu’il me sembla entendre, vaguement, dans le lointain, un bruit. Je prêtai l’oreille et, quelques secondes plus tard,
cela m’apparut comme une évidence : on entendait bien, de manière étouffée, le sifflement d’une locomotive. Je contemplai de nouveau
le décor : le petit portail marron, la boîte aux lettres minuscule sagement alignée sur le côté… puis remontai dans la voiture. Nous quittâmes
la terre des hommes pour le monde de Peter Pan.
Quelque deux cents mètres après le portail
marron, je vis enfin apparaître un autre portail, immense, surmonté d’une arche et d’une couronnée dorée, où les lettres du mot « Neverland
» m’indiquèrent que nous ne nous étions pas trompés d’endroit. La couronne portait le nom de Michael Jackson. Le portail était décoré d'un
gigantesque insigne avec les devises "Honi soit qui mal y pense" et "Dieu et mon droit". Ces deux phrases (en français) étaient communément
apposées sur les accessoires militaires de divers corps de métier (artilleurs, ingénieurs, etc): plaques de casques, broches... Julien m'apprit
que le chanteur éprouvait une véritable fascination pour les éléments vestimentaires liés à l'armée: il collectionnait les broches et pouvait
parcourir des kilomètres pour récupérer une pièce rare.
Les herbes folles et la barrière en bois des débuts laissèrent la place à des pelouses
verdoyantes, des murets de brique et surtout, un souci du détail stupéfiant : le moindre élément de décor, qu’il s’agisse d’un lampadaire,
d’une statue ou d’un parterre de fleurs, était travaillé avec une précision et une beauté à couper le souffle. Même en étant totalement
novice en matière de jardinage et de paysagisme, on devinait les milliers d'heures de travail nécessaires à la structuration du paysage.
Pourtant, on ne voyait aucun outil, aucune tondeuse à gazon, aucun tas de mauvaises herbes. Pas la moindre fleur fanée. Le maître des lieux
avait donné la consigne stricte de remplacer chaque fleur flétrie par une nouvelle: "Je n'aime pas voir de si jolies choses mourir. Ca me rend
triste" avait-il expliqué au jardinier en chef...




