| Index de l'article |
|
Les Chaussures
|
|
Page 2
|
Page 2 sur 2
Puis ils sont partis et Michael s'est replié sur lui-même de nouveau et nous a rejoints dans la salle de contrôle où il y avait tout le monde. Je me tenais assis là et je lisais un magazine technique quand j'ai entendu le petit filet de voix
à la Mickey Mouse de Michael "Gee, I like your shoes" (Oh, ce que j'aime vos chaussures). Je portais une paire de chaussures en daim, pointues, que je trouvais assez ridicules. On était en 1987 après tout et je venais à Los Angeles, pas dans
mon petit quartier habituel. En même temps, je n'arrivais pas à croire que l'être le plus célèbre de cette planète était en train de commencer une discussion informelle avec moi. "Je vous demande pardon?" ai-je bafouillé. "J'ai dit que j'aimais
vraiment vos chaussures". "Oh... em... Merci". Je me sentais idiot mais les choses allaient aller de pire en pire. "Comment vous appelez ce genre de chaussures?". C'était donc plus qu'un simple commentaire, c'était une vraie conversation! "Comment on les
appelle? Heu, je crois que ça s'appelle des "winkle pickers". En réalité, c'était plutôt un nom du style "Modèle Oxford n°45298 années 40 daim véritable cuir authentique" etc mais mon père aurait appelé ces chaussures des "winkle pickers" et c'est le premier mot
qui m'est venu à l'esprit. (Note: littéralement, ce terme signifie "pic à bigorneaux"). Il a mis sa main devant sa bouche et s'est mis à rire. C'était un étrange petit gloussement. Le genre de rire qu'a un gosse de 11 ans dont le copain vient
de péter dans le bureau du directeur de l'école.
Pour être honnête, j'étais un peu déboussolé. Je me trouvais dans l'un des meilleurs studios de Los Angeles, avec Quincy Jones et quelques-uns des meilleurs musiciens au monde... et j'étais en train de bavarder avec Michael Jackson qui me demandait
comment s'appelaient mes chaussures qu'il admirait tant. Je lui avais dit et maintenant il était en train de mourir de rire devant moi. Dans un état de panique total, j'ai soudain réalisé que le mot "winkle" était un aphorisme couramment employé par les petits
Américains pour désigner les parties génitales de l'homme. Et merde! Je suppose que ça vous est déjà arrivé que votre cerveau et votre bouche semblent sans raison apparente fonctionner de façon totalement indépendante l'un de l'autre... Je lui ai expliqué
"Ah... em... heu.... em... en Angleterre, un "winkle" est un... euh... une sorte de... em... petit crustacé et euh... pour le manger il faut le... euh... enfin, faire sortir le truc avec un pic... ou... enfin, quelque chose comme ça et..." Pour bien que vous
saisissiez la situation, imaginez qu'en plus je lui faisais des gestes complètement inutiles pour essayer de lui faire comprendre de quoi je parlais. Ma main gauche mimait un bigorneau et mon index droit mimait un pic. Finalement j'ai réussi à trouver les mots
pour lui expliquer. Fin de l'histoire.
Michael s'est arrêté de rire et toute la salle semble me regarder avec un mélange de compassion et d'incrédulité. Je fais semblant de continuer à lire mon magazine en essayant de me convaincre que personne n'a remarqué. Ma conversation
très profonde avec Michael Jackson. En l'espace de dix secondes j'avais dit le mot "winkle" sans y penser et j'avais réussi à m'humilier, sans compter le ridicule de mes gestes explicatifs. Quincy Jones, qui m'imaginait comme un musicien incroyable, avait dû se dire que je devais être
sacrément doué pour que L. ait envie de travailler avec un type comme moi... Il y a eu un silence, j'ai eu l'impression qu'il durait 18 mois... Et tout à coup, comme par magie, Michael a dit "Où est-ce que vous les avez achetées?". "Pardon?". "Ces 'winkle pickers', vous les avez
achetées où?". Je me suis de nouveau senti en confiance. Mike et moi étions comme des potes maintenant. Là, on parlait de chaussures mais il allait sûrement me demander mon avis sur toutes sortes d'autres sujets ensuite... "Oh, où je les ai eues? Eh bien, dans un magasin de Londres
qui s'appelle Shelly's. Vous connaissez Shelly's?". "Euh... non". "Vous êtes déjà allé à Londres, n'est-ce pas? Oh... bien sûr que vous y êtes allé". "Oh oui". Tais-toi Michael, je parle. Il faut que j'en profite pendant que mon cerveau et ma bouche arrivent à fonctionner ensemble
alors il ne faut pas m'interrompre. "Il y a cette grande artère sur Oxford Street. Vous connaissez Oxford Street?". "Oxford Street... voyons voir". "Souvenez-vous, quand vous êtes allé dans le grand magasin de jouets. Vous savez,
Hamley's". "Oh oui, Hamley's". "Eh bien c'est dans Regent Street et Oxford Street est la rue juste au coin".
Tout le monde dans la salle de contrôle a cessé ses activités pour suivre notre conversation. Peut-être qu'ils ont senti
que j'étais sur le point de dire une chose merveilleusement stupide. Ils n'ont pas eu longtemps à attendre. "Je suis sûr que vous
adorerez la boutique, ils ont des tonnes de styles différents". Roulement de tambour... et j'ai conclu "Et en plus, Michael, c'est
pas cher du tout". Je parlais à un homme dont le précédent album "Thriller" s'est écoulé à plus de 54 millions d'exemplaires".
Bad boots - Michael Jackson a fait don d'une paire de chaussures qu'il portait durant le Bad Tour au Hard Rock Café de Madrid où elles sont exposées...
|