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Mon Enfance, Mon Sabbat, Ma Liberté (Décembre 2000)
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Le 6 décembre 2000, cet article rédigé par Michael Jackson est publié sur un site Internet dédié à la foi et à la spiritualité, Beliefnet.com. Le chanteur y partage sa vision de la religion et évoque son rapport à Dieu.
Je voulais plus que tout être comme tout le monde. Le Sabbat était le jour où cela devenait possible.

Au cours de l'une de nos conversations, mon ami, le Rabbin Shmuley, m'a expliqué qu'il avait demandé à quelques-uns de ses collaborateurs écrivains, penseurs et artistes de mettre par écrit leurs réflexions sur le Sabbat. Il m'a alors suggéré de coucher sur le papier mes propres pensées sur le sujet, un projet que j'ai trouvé intéressant et opportun compte tenu du récent décès de Rose Fine, une femme juive qui était la préceptrice bien aimée de mon enfance et qui voyageait avec moi et mes frères lorsque nous étions tous dans les Jackson Five.

Vendredi dernier, je me suis joint au rabbin Shmuley, à sa famille et à leurs invités pour le dîner du sabbat à leur domicile. Ce que j'ai trouvé particulièrement touchant, c'est quand Shmuley et sa femme ont placé leurs mains sur les têtes de leurs enfants et les ont bénis pour qu'ils grandissent à l'image d'Abraham et de Sarah - ce qui, d'après ce que j'ai compris, est une vieille tradition juive. Cela m'a conduit à me remémorer ma propre enfance et ce que le sabbat signifiait pour moi quand j'étais petit.

Quand les gens voient les apparitions télévisées que j'ai faites lorsque j'étais petit (8-9 ans), au tout début de ma longue carrière musicale, ils voyaient un petit garçon avec un grand sourire. Ils supposaient que ce petit garçon souriait parce qu'il était joyeux, qu'il chantait avec tout son coeur parce qu'il était heureux, et qu'il dansait avec une énergie inépuisable parce qu'il était insouciant.

Mais si le chant et la danse étaient et demeurent sans nul doute l'une de mes plus grandes joies, à cette époque, je voulais plus que tout au monde les deux choses qui font de l'enfance le moment le plus merveilleux de la vie, c'est-à-dire, pour les nommer, des moments de jeu et un sentiment de liberté. Il reste encore pour le grand public à comprendre réellement la pression que génère une célébrité précoce qui, si elle est excitante, comporte toujours un lourd prix à payer.

Plus que tout, je rêvais d'être un petit garçon normal. Je voulais construire des cabanes dans les arbres et aller faire du roller. Mais très tôt, cela m'est devenu impossible. J'ai dû accepter le fait que mon enfance serait différente de celle de la majorité des autres. C'est ce qui m'amène toujours à me demander à quoi ressemblerait une enfance normale.

Cependant, il y avait un jour par semaine où je pouvais échapper aux scènes d'Hollywood et aux foules des salles de concert. Ce jour était celui du Sabbat. Dans toutes les religions, le Sabbat est un jour qui permet et exige que le croyant s'écarte du quotidien pour se focaliser sur l'exceptionnel. Très tôt, j'ai appris quelque chose de Rose concernant le Sabbat juif en particulier et mon ami Shmuley y a apporté des précisions supplémentaires: lors du Sabbat juif, les tâches de la vie quotidienne comme préparer le dîner, faire les courses et tondre la pelouse sont interdites pour que l'humanité puisse rendre l'ordinaire extraordinaire et le naturel miraculeux. Même des choses comme le shopping ou allumer la lumière sont interdites. Ce jour là, le jour du Sabbat, tout le monde cesse d'être ordinaire.

Mais ce que je voulais plus que tout, c'était être ordinaire. Donc, dans mon univers, le Sabbat était le jour où je pouvais m'extraire à ma vie singulière pour entrevoir le quotidien.

Les dimanches étaient le jour du "porte-à-porte", le terme utilisé pour désigner le travail de missionnaire qu'effectuent les Témoins de Jéhovah. Nous passions la journée dans les banlieues de Californie du Sud, allant de porte en porte ou arpentant les allées d'un centre commercial en distribuant notre magazine, "La Tour de Garde". J'ai continué à faire mon travail de missionnaire pendant de nombreuses années après le début de ma carrière. Jusqu'en 1991, époque de ma tournée Dangerous, j'enfilais mon déguisement d'obèse, une perruque, une barbe, des lunettes et j'allais vivre la vie de l'Amérique ordinaire, visiter des zones commerciales et démarcher des maisons de banlieue. J'aimais mettre le pied dans toutes ces demeures et voir des tapis à poils longs et des rocking-chair, des enfants jouant au Monopoly et des grands-mères qui les gardaient, toutes ces choses merveilleusement ordinaires qui étaient pour moi des tranches de vie magiques. Beaucoup de gens, je le sais, soutiendraient que ces choses ne sont guère importantes. Mais pour moi, elles étaient absolument fascinantes.

Chose amusante, aucun adulte n'a jamais deviné l'identité de cet étrange homme barbu. Mais les enfants, avec leur dose d'intuition en plus, le savaient immédiatement. Comme dans Le Joueur de flûte de Hamelin (Note: légende allemande rendue célèbre par le récit qu'en ont fait les frères Grimm), je me retrouvais suivi par huit ou neuf enfants dès mon deuxième tour dans le centre commercial. Ils me suivaient, chuchotaient et rigolaient mais ne révélaient pas mon secret à leurs parents. Ils étaient mes petits assistants. Hé, peut-être m'avez-vous acheté un magazine ! Vous vous posez la question, maintenant, n'est-ce pas ?

En grandissant, les dimanches devinrent sacrés pour deux autres raisons. C'était à la fois le jour où j'allais à l'église et le jour où je passais le plus de temps à répéter. Cela peut sembler contraire à l'idée du "repos du Sabbat" mais c'était pour moi la manière la plus sacrée de passer mon temps: développer les talents que Dieu m'avait donnés. La meilleure manière de lui rendre grâce, selon moi, est de tirer le meilleur du don que Dieu m'a donné.

L'Eglise était un petit plaisir à part entière. C'était une chance de plus pour moi d'être "normal". Les hommes d'église me traitaient comme ils traitaient tous les autres. Et les jours où le fond de l'église était rempli de reporters qui avaient découvert où je me trouvais, ils ne s'en sont jamais agacés. Ils essaient de les accueillir à l'intérieur. Après tout, même les journalistes sont les enfants de Dieu. Quand j'étais jeune, toute ma famille assistait aux offices ensemble dans l'Indiana. En grandissant, cela est devenu difficile et parfois, ma remarquable et très pieuse mère finissait par y aller toute seule. Quand les circonstances ont fait qu'il m'est devenu extrêmement difficile d'aller à l'église, j'ai été réconforté par la croyance que Dieu existait dans mon coeur, dans la musique et dans la beauté, et pas seulement dans un bâtiment. Mais le sens de la communauté que j'ai pu ressentir là-bas me manque toujours. Les amis et les gens qui me traitaient comme si j'étais simplement l'un d'entre eux me manque. Simplement un être humain. Qui partage une journée avec Dieu.

Quand je suis devenu père, toute ma définition de Dieu et du Sabbat s'est trouvée modifiée. Quand je regarde dans les yeux de mon fils, Prince, et de ma fille, Paris, je vois des miracles et je vois de la beauté. Chaque jour devient le Sabbat. Avoir des enfants m'a permis d'entrer dans ce monde magique et sacré tous les jours à n'importe quel moment. Je vois Dieu à travers mes enfants. Je m'adresse à Dieu à travers mes enfants. Je suis reconnaissant des bénédictions qu'Il m'a données.

Il y a eu des moments dans ma vie où, comme tout le monde, je me suis interrogé sur l'existence de Dieu. Quand Prince sourit, quand Paris rit, je n'ai aucun doute. Les enfants sont le cadeau que Dieu nous fait. Non, ils sont même plus que ça. Ils sont l'expression même de l'énergie, de la créativité et de l'amour de Dieu. On Le trouve dans leur innocence, on Le vit dans leur espièglerie.

Les jours les plus précieux de mon enfance étaient ces dimanches où je pouvais être libre. C'est ce que le Sabbat a toujours été pour moi. Un jour de liberté. Maintenant, je trouve cette liberté et cette magie chaque jour dans mon rôle de père. Chose extraordinaire, nous avons tous la capacité à faire de chaque jour le moment précieux qu'est le Sabbat. Et nous le faisons en nous consacrant aux merveilles de l'enfance. Nous le faisons en donnant tout notre coeur et notre esprit à ces petites personnes que nous appelons "fils" et "fille". Le temps que nous passons avec eux est le Sabbat. L'endroit où nous le passons s'appelle le Paradis.
 
 
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