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Oxford Union Speech - Discours de Michael Jackson (6 Mars 2001) |
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Le 6 Mars 2001, Michael Jackson donne une conférence sur l'enfance dans la prestigieuse université d'Oxford afin de donner le coup d'envoi de son initiative "Heal The Kids". Celle-ci vise à inciter les parents à renouer une relation de confiance avec leurs enfants. Elle vise aussi à aider les enfants en danger à recevoir davantage de soutien, notamment en tentant de fédérer des personnes influentes (hommes politiques, artistes...). Le discours de Michael Jackson, au cours duquel il a fondu en larmes en revenant sur sa propre enfance, a été très applaudi par les personnes présentes.
Merci, merci chers amis, du fond de mon coeur,
pour cet accueil si chaleureux et si énergique et merci, monsieur le Président, pour votre gentille invitation que je suis si honoré d’accepter.
Je veux aussi remercier tout particulièrement Shmuley, qui a servi comme rabbin pendant onze ans, ici, à Oxford. Toi et moi avons travaillé si
dur pour créer Heal The Kids et dans tous nos efforts, tu as toujours été un soutien et un excellent ami.
Je voudrais aussi
remercier Toba Friedman, notre directrice des opérations à Heal The Kids, qui retourne ce soir à l’alma mater où elle a servi en tant
qu’élève-maréchal, ainsi que Marilyn Piels, une autre membre centrale de notre équipe Heal the Kids. Je suis impressionné de donner une
conférence dans un endroit qui a vu passer des gens aussi célèbres que Mère Térésa, Albert Einstein, Ronald Reagan, Robert Kennedy et
Malcolm X. J’ai même entendu dire que Kermit la Grenouille avait fait une apparition ici, et j’ai toujours ressenti une parenté avec le message
de Kermit, qui dit que ce n’est pas facile d’être vert. Je suis sûr qu’il ne trouvait pas le fait d’être ici plus facile que ça l’est pour moi en ce
moment. Comme je me promenais dans Oxford aujourd’hui, je n’ai pas pu m’empêcher de prendre conscience de la majesté et de la grandeur
de cette institution, sans parler du génie des esprits doués qui ont parcouru ces allées depuis des siècles. Les murs d’Oxford n’ont pas
seulement hébergé les meilleurs philosophes et les génies scientifiques, ils ont accueilli les représentants les plus illustres de la littérature
enfantine, de JRR Tolkien à CS Lewis. Aujourd’hui, j’ai été autorisé à boitiller (Michael Jackson s’était foulé la cheville) dans l’Eglise pour voir
l’Alice au Pays des Merveilles de Lewis Carroll immortalisée sur des vitraux. Et même l’un de mes camarades américains, ce cher Dr Seuss, a
honoré ces espaces et continué à laisser sa marque dans l’imagination de millions d’enfants à travers le monde.
Je suppose que
je devrais commencer par faire la liste de mes qualifications, qui me permettent de parler devant vous ce soir. Mes amis, je ne prétends pas
détenir le savoir académique dont d’autres orateurs ont fait preuve sur cette même estrade où je me trouve. De la même manière, ces
orateurs seraient sans doute incapables de se prétendre doués pour le moonwalk. D’ailleurs, comme vous le savez, Einstein était
particulièrement mauvais à cet exercice (Rires dans la salle)… Cependant, j’ai une prétention, celle d’avoir découvert plus d’endroits et de cultures que la
plupart des gens n’en verront jamais. Le savoir humain ne réside pas seulement dans des bibliothèques remplies de parchemins. Il est aussi
fait de connaissances écrites dans le cœur humain, finement sculptées dans l’âme humaine et gravées dans l’esprit humain. Dans ma
relativement courte existence, j’ai expérimenté tellement de choses que j’ai du mal à croire que je n’ai que 42 ans. Si l’on pouvait définir l’âge
d’une âme, la mienne aurait au moins 80 ans, j’en suis sûr…et d’ailleurs, ce soir, je marche comme si j’avais 80 ans.
Alors s’il vous
plaît, écoutez mon message, parce que ce que j’ai à vous dire ce soir peut permettre de guérir l’humanité et notre planète. Par la grâce de
Dieu, j’ai eu la chance d’accomplir tôt dans ma vie la plupart de mes aspirations artistiques et professionnelles. Mais ce ne sont que des
accomplissements, et ces accomplissements seuls ne définissent pas toute ma personnalité. En effet, le gamin de cinq ans qui chantait avec
enthousiasme Rockin’ Robin et Ben devant des foules ne ressemblait en rien au petit garçon qui se cachait derrière cette façade souriante.
Ce soir, je ne me présente pas à vous comme une icône de la pop –quel que soit le sens de cette expression-, mais plus comme le
représentant d’une génération, une génération qui ne sait plus ce que signifie le fait d’être un enfant. Nous sommes tous le fruit de
notre enfance. Mais je suis le fruit d’une absence d’enfance. J’ai manqué de cette période précieuse et merveilleuse où l’on s’amuse avec
insouciance, où l’on jouit de l’amour de ses parents et de sa famille, où notre plus gros souci est de réviser pour le contrôle d’orthographe du
lundi matin. Ceux d’entre vous qui connaissent les Jackson Five savent que j’ai commencé à chanter à l’âge de 5 ans et que, dès lors, je n’ai
jamais cessé de danser et de chanter. Mais même si le spectacle et la musique font incontestablement partie de mes plus grandes joies,
lorsque j’étais petit, je voulais plus que tout être un petit garçon ordinaire. Je voulais construire des cabanes dans les arbres, faire des
batailles de bombes à eau et jouer à cache-cache avec mes amis.
Mais le destin en a décidé autrement et il ne me
restait plus qu’à envier la joie et l’amusement qui semblait être le lot quotidien des autres enfants autour de moi. Il n’y avait aucun répit dans
ma vie professionnelle. Cependant, le dimanche, j’allais faire du porte-à-porte. C’est le terme utilisé par les Témoins de Jéhovah lorsqu’ils
font leur devoir de missionnaire. C’est à ce moment-là que j’avais la possibilité de voir la magie de l’enfance chez les autres gens. A l’époque,
comme j’étais déjà une célébrité, il me fallait porter un déguisement pour pouvoir faire du porte-à-porte. J’enfilais un costume d’obèse, une
perruque, une barbe et des lunettes. Nous allions passer la journée dans des banlieues au sud de la Californie, allant de porte en porte ou
faisant le tour des centres commerciaux, en distribuant notre magazine « La Tour de Garde ». J’adorais entrer dans ces maisons tout à fait
ordinaires de banlieue et voir leurs tapis à poils longs et leurs sièges à bascule, et les enfants qui jouaient au Monopoly, et les grands-mères
qui surveillaient les enfants, toutes ces merveilleuses scènes de la vie quotidienne. Nombreux sont ceux qui diront que ces choses n’ont rien
d’exceptionnel, j’en suis conscient. Mais pour moi, elles étaient fascinantes. J’ai longtemps considéré que j’étais le seul à penser que je
n’avais pas eu d’enfance. Je croyais qu’il n’y avait effectivement qu’une poignée de gens avec lesquels je pouvais partager tous ces
sentiments.
Lorsque j’ai récemment rencontré Shirley Temple Black, la magnifique enfant-star des années 30-40, nous ne
nous sommes rien dit au premier abord. Nous nous sommes simplement mis à pleurer ensemble, parce qu’elle pouvait partager avec moi une
douleur que seules des personnes comme mes proches amis Elizabeth Taylor et Macaulay Culkin connaissent. Je ne vous raconte pas ceci
pour susciter votre pitié mais pour vous sensibiliser sur mon premier argument important. Il n’y a pas que les enfants-stars d’Hollywood qui
ont souffert de ne pas avoir eu d’enfance.
Aujourd’hui, c’est une calamité universelle, une catastrophe globale. L’enfance est devenue la
grande victime de la vie moderne. Partout, nous donnons naissance à des quantités d’enfants qui n’ont pas eu le plaisir, qui n’ont pas eu
le droit, qui n’ont pas su ce que c’était d’être un enfant. Aujourd’hui, les enfants sont constamment poussés à grandir plus vite, comme si
cette période appelée enfance était un passage difficile dont il fallait s’extraire le plus vite possible. Et, sur ce sujet, je suis certainement l’un
des plus grands experts du monde… Notre génération est celle qui a été témoin de l’abrogation du pacte parent/enfant.
Des psychologues publient des bibliothèques entières consacrées aux effets destructeurs du fait de
priver les enfants de l’amour inconditionnel des parents, cet amour qui est indispensable au bon développement de leur esprit et de leur
personnalité. Et, à cause du laisser-aller ambiant, trop d’enfants doivent, pour ainsi dire, s’élever eux-mêmes. Ils grandissent de plus en plus
distants de leurs parents, grands-parents et des autres membres de leur famille. Et le lien indestructible qui jadis soudait les générations est
en train de se défaire. Cette violation d’un principe naturel a donné naissance à une nouvelle génération, appelons-la génération O, elle a
maintenant repris le flambeau à la génération X.
Cette génération O a tout à l’extérieur –richesse, succès, beaux
vêtements, jolies voitures- mais elle est cruellement vide à l’intérieur. Ce vide dans nos poitrines, cette stérilité dans nos cœur, ce vide au
centre de nous-même est l’endroit où un jour, un cœur battait et où l’amour logeait. Les enfants ne sont pas les seuls à souffrir. Les parents
souffrent aussi, parce que plus nous créons de petits adultes dans des corps d’enfants, plus nous prenons de la distance avec nos propres
qualités enfantines. Et c’est dommage car il y a tellement de choses issues de l’enfance qui méritent leur place dans l’âge adulte. L’amour,
mesdames et messieurs, est le bien le plus précieux qu’une famille peut donner, sa plus riche possession, son héritage doré. Et c’est un trésor
que l’on se transmet de génération en génération. Les époques précédentes n’ont peut-être pas bénéficié de la richesse que nous avons
aujourd’hui. Les maisons n’avaient peut-être pas l’électricité, et les familles nombreuses devaient se serrer dans de petites bicoques sans
chauffage central. Mais ces maisons étaient éclairées et il y faisait chaud, la lumière de l’amour étincelait et la chaleur du cœur humain
réchauffait.
Les parents n’étaient pas obsédés par l’appât du luxe et d’un meilleur statut social, et ils faisaient passer
leurs enfants au premier plan. Comme vous le savez tous, nos deux pays se sont séparés à cause de ce que Thomas Jefferson a appelé «
certains droits inaliénables ». Et pendant que nous autres, Américains et Britanniques, nous disputions au sujet de la justesse de ses
affirmations, ce qui n’a jamais été mis en doute, c’est que les enfants ont certains droits inaliénables, et l’érosion progressive de ces droits a
conduit des milliers d’enfants du monde entier à se voir refuser la joie et la sécurité de l’enfance. Je voudrais proposer ce soir l’institution
dans chaque foyer d’une Déclaration Universelle des Droits de l’Enfant. Ses principes seraient les suivants :
le droit
d’être aimé sans avoir à le mériter
le droit d’être protégé sans avoir à le mériter
le droit de se sentir précieux, même si
l’on vient au monde sans rien
le droit d’être entendu sans avoir à susciter l’intérêt
le droit de se faire lire une histoire
avant de dormir sans passer après le journal télévisé ou le feuilleton du soir
le droit d’aller à l’école sans risquer de se faire tirer
dessus
le droit d’être considéré comme adorable même lorsque l’on a un visage que seule une mère peut aimer.
Mes amis, le fondement du savoir humain, le début de la conscience humaine doit être le fait que chacun de nous est un
objet d’amour. Avant de savoir si l’on est roux, avant de savoir si l’on est blanc ou noir, avant de savoir à quelle religion l’on appartient, il
faut savoir que l’on est aimé. Il y a environ douze ans de cela, alors que je m’apprêtais à lancer ma tournée Bad, un petit garçon est venu
avec ses parents me rendre visite chez moi, en Californie. Il était en train de mourir du cancer et il m’a dit à quel point il aimait ma musique
et à quel point il m’aimait.
Ses parents m’ont dit qu’il était condamné, qu’il pouvait succomber d’un jour à l’autre. Je lui ai
alors dit : « Ecoute, dans trois mois, je vais venir dans ta ville, dans le Kansas, pour le lancement de ma tournée. Je veux que tu viennes voir
mon concert. Je te donne ce blouson que j’ai porté dans l’un de mes clips ». Ses yeux se sont ouverts en grand et il m’a dit : « Tu vas me le
donner ? ». Je lui ai dit « Oui, mais tu dois me promettre que tu le porteras le soir du concert ». J’essayais de lui donner la force de lutter. Je
lui ai dit « Quand tu viendras au concert, je veux que tu portes cette veste et ce gant ». Et je lui ai donné l’un de mes gants à paillettes.
Il était au paradis… mais peut-être qu’il était trop proche du paradis, parce que lorsque je suis venu dans sa ville, il était déjà mort et on
l’avait enterré. On l’avait habillé avec la veste et le gant. Il avait à peine dix ans… Dieu sait, je sais qu’il avait fait de son mieux pour
résister à la maladie. Mais, au moins, quand il est mort, il se savait aimé. Pas seulement par ses parents, mais même par moi. J’étais presque
un étranger mais je l’aimais aussi. Et avec tout cet amour, il savait qu’il n’était pas venu seul dans ce monde et il ne l’avait pas non plus
quitté seul.
Si l’on entre dans ce monde en sachant que l’on est aimé et qu’on le quitte en sachant que l’on est aimé, rien de ce
qui se passe entre-temps n’est insurmontable. Un professeur pourra vous rabaisser mais vous ne vous sentirez pas dégradé. Un patron pourra
vous écraser mais vous ne serez pas brisé. Dans la vie professionnelle, un concurrent pourra vous vaincre mais vous triompherez toujours.
Comment ces gens pourraient-ils vraiment parvenir à vous abattre ? Car vous savez que vous êtes suffisamment précieux pour susciter de
l’amour. Tout le reste est superficiel.
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