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Paste Magazine revient sur le succès de Michael Jackson (Février 2008) |
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Période sombre - Le parcours de Michael en tant que danseur adulé s'arrête au début des années 90, quand il est devenu célèbre pour des mouvements tels que son attrapage d'entrejambes. Rétrospectivement, ce mouvement semble prémonitoire par rapport aux scandales sexuels à venir, à ses crimes supposés contre des petits garçons, qui auraient impliqué le même type de gestes sexuels: placer ses mains sous la ceinture. Nous avons toujours été perturbés à l'idée que Michael Jackson touche cette partie du corps humain, que ce soit la sienne ou celle de quelqu'un d'autre.
La place du vidéoclip - Avant la disgrâce de Michael, à l'époque où il passait davantage pour un naïf que pour un prédateur sexuel, la pop star bénéficiait d'une popularité quasiment inégalée. Après Elvis et les Beatles, il était le plus grand. Je regrette l'expérience culturelle partagée qu'une star de cette envergure pouvait créer. La manière dont MTV créait un battage médiatique autour des vidéos de Michael Jackson me manque, de même que la manière dont tout le monde se rassemblait devant la télé pour les regarder.
Le court-métrage que Michael a sorti en même temps que "Thriller" est probablement la vidéo musicale ayant eu le plus d'influence de tous les temps, celle qui a propulsé les vidéos dans le royaume de l'art, le catalyseur qui a achevé la transition entre la musique vue comme un média audio et la musique vue comme un média audiovisuel. Les artistes d'aujourd'hui ne connaissent pratiquement jamais un gros succès avec une simple diffusion radio. Pour le meilleur et pour le pire, il doit y avoir maintenant une vidéo ou une couverture de magazine ou bien une apparition dans un talk-show, n'importe quel plaisir visuel pour accompagner le son. Bien sûr, ces occasions de faire de la promotion existaient avant Michael Jackson. Mais lui et son marketing visuel exceptionnel les ont rendues indispensables dans l'industrie musicale.
Superstars - Michael a aussi changé le concept de "superstar". Il l'a entraîné à un niveau plus élevé que toute autre personne de sa génération, plus élevé que toute autre personne après lui. Bad s'est vendu à 8 millions d'exemplaires aux Etats-Unis. Off The Wall, à 7 millions. Le double-album HIStory, à 7 millions également. Avec 27 millions d'exemplaires vendus, Thriller demeure le deuxième album le plus vendu de tous les temps, juste derrière le "Greatest Hits: 1971-1975" des Eagles. Une célébrité d'une telle envergure n'est pas forcément saine pour un artiste. Malgré tout, pour les fans, cela suscite l'admiration ou, devrais-je dire, cela suscitait l'admiration. Car désormais, les célébrités ne nous font plus vraiment rêver. Elles nous agacent par leur omniprésence, comme le font les moustiques. Mais étrangement, elles ne sont plus assez célèbres.
Maintenant, nous avons plus de stars que nous n'en avons jamais eu, mais bien peu de mégastars. Maya Arulpragasam, la musicienne sri-lankaise expatriée qui enregistre sous le nom M.I.A., m'a un jour confié que lorsqu'elle avait déménagé à Londres, elle connaissait quatre mots en anglais: "mango" (Mangue), "Elephant" et "Michael Jackson". C'est à ce genre de célébrité que je fais allusion... La célébrité de Mohammed Ali, celle de la princesse Diana... Le genre de célébrité qui élève les êtres humains à un statut divin. Il y a quelque chose d'époustouflant dans le fait que le monde entier chante la même chanson ou regarde la même vidéo musicale, poursuivant la même quête.
Evolution - La dernière expérience que nous avons partagée avec Michael était l'attente du verdict dans son sordide procès pour abus sexuels sur mineur. Inutile de le dire, ce genre de partage était loin d'être amusant pour ses supporters, qui devaient faire face à quelques faits dérangeants: il avait affublé son domicile du nom de "Neverland", soulignant ainsi son immaturité affective par une allusion à Peter Pan; il avait expliqué avoir partagé son lit (platoniquement) avec des garçons autres que ses enfants; il avait fait un tube en 1995 avec une chanson intitulée "You Are Not Alone", qui prenait une tonalité lugubre à la lumière des accusations de pédophilie; il avait baptisé ses disques "Off The Wall" ("Excentrique"), "Bad" ("Mauvais") et "Dangerous" ("Dangereux"), et plus il vieillissait, plus ces adjectifs semblaient proches de la réalité.
L'ancien Michael Jackson me manque, celui dont la musique - et dont le personnage tout entier - était d'une légèreté admirable. La hauteur de sa voix, les "hee hee" nerveux et les "aoooow" efficaces me manquent. Michael a conduit la musique droit au coeur des dernières tendances, aussi loin qu'elle pouvait aller, l'embellissant avec des sonorités rock comme le solo de guitare d'Eddie Van Halen sur "Beat It". A l'époque, la musique noire et la musique blanche ne se mélangeaient pas autant qu'elles le font aujourd'hui, et recruter Van Halen était un geste plutôt radical. Cela fait longtemps qu'un solo de guitare n'a pas été si radical.
Artifice - La musique de Michael Jackson était détachée du réel: ce terme prend la plupart du temps une connotation négative. Mais pourquoi cela devrait-il être le cas ? Le fantasme et le détachement du réel sont des composantes essentielles à la fiction, au théâtre et aux films. Pourquoi l'artificialité est-il si mal perçue en musique ? Toute discipline artistique comporte sa part d'artifice, même un film documentaire. Tout ce que Michael a fait, c'est de remonter l'artifice à la surface. Je veux dire par là que la vidéo de "Thriller" était un film de zombies en miniature, cela ne va pas plus loin. Michael a même inclus un petit démenti touchant au début, nous rassurant sur le fait que "ce film n'illustre en rien une croyance en l'occultisme".
De mon point de vue, "Thriller" était relevait moins de la manipulation que, disons, le fait que Rage Against The Machine sorte une musique radicalement anti-gouvernementale sur un grand label ou que 50 Cent évoque sa vie dans la rue dans ses raps alors qu'il réside dans une grande demeure dans le Connecticut. Michael était différent. Michael était franc. Quand il agissait, tout était parfaitement limpide, c'est pourquoi les dernières années écoulées ont été si frustrantes pour ceux d'entre nous qui l'aiment. Aucune personne en pleine possession de ses facultés ne choisirait d'agir comme il l'a fait.
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